Louis Hauciarts

Originally from Bordeaux, Louis finds inspiration in the spiritual traditions of the East and the West as well as in modern art (especially French and Russian avant-garde). Jacottet, Kowalski, Supervielle, Eluard, Celan, T.S. Eliott, Maiakovski and Akhmatova are among his influences.

SESSION I.

Nous ne fuirons pas

ces bouchées de pierre,

ces pains qui nous brisent les dents,

et ces royaumes qui tremblent au loin,

ce pinacle d’où nous n’en finissons pas de

tomber.

Nous ne fuirons pas l’aspic, ni même ce qui

vole comme la balle dans l’avril aveugle.

Et nous ne fuirons ni le siège ni la charge,

ni la flamme ni le cœur sur nos mains et qui

brûlent.

We will not run away

from the mouthfuls of stone,

the loaves that break our teeth,

and the kingdoms that shiver from far-away,

the pinacle wherefrom we endlessly

fall.

We will not run away from the asp, not even from the things that

fly like the chaff in the blind April.

We will not run away

from the siege and the charge,

the flame and the heart upon our hands that

burn.

Vois les grands cadavres d’oiseaux qu’on a tués

en leur tournant le dos.

Vois la jonchée de couleurs sous cet arbre mort.

 

L’heure vient et c’est maintenant

que ce plus grand feu prend au berceau de tes mains

Ce presque rien perché, ce roitelet à peine

volette entre tes côtes, dernière nichée

de ce cœur dépeuplé.

 

L’heure vient et c’est maintenant qu’un filet d’eau

survit à ton bras mort, secousse du poignet,

et que ce filet de voix survit à l’injure

des paroles dictées par la nécessité.

L’heure vient et c’est maintenant

le ciel qui ne tient plus dans ce livre.

Behold the bodies of birds we have killed

turning our back on them.

Behold the blanket of colours under the dead tree.

 

The hour comes and now is

when a greater fire will ignite at the cradle of your hands

Hardly anything is perched, barely a wren

fluttering between your ribs, a last brood

in an empty heart.

 

The hour comes and now is when a trickle

will survive among stagnant waters, a wrist jerk,

and this reedy voice will survive the offense

of a speech dictated by necessity.

The hour comes and now is

when heaven will not fit in this book anymore.

Muret d’ardoise levé par la pluie,

saisons inquiètes du sommeil et de l’écorce,

où venait s’assoir un dieu silencieux

et les flûtes du vent, la génisse du ciel,

peu après l’orage au coin de ta lèvre.

Low wall of slate raised by the rain

worried seasons of slumber and bark,

where a silent god came to sit,

flute of the wind, heifer of the sky,

a short while after the thunderstorm,

at the corner of your lip.

Par la porte embrasée,

vol d’oies sauvages,

parmi elles des hommes

comme endormis.

Through the door ablaze

flight of wild geese,

men among them,

as if asleep.

Secoue l’averse de ces armes

Ce chien revient la queue entre les jambes

Piteux et trempé mais il suit pourtant un ange.

Shake the rain off these arms,

This dog is coming back its tail between its legs.

Piteous and soaked yet it’s following an angel.

Le rideau musicien caresse les cordes

d’un bras fantôme remue l’eau des baptistères

et les charniers.

Cette béance affleure mais se tait.

Cette béance inonde mais se tait.

Celle qui ne ment presque plus

n’a plus pour masque que ses yeux.

The musician curtain strokes the strings

with a ghostly arm stirs the water of fonts

and mass graves.

This gaping shows to the surface but keeps silent.

This gaping floods but keeps silent.

She who is almost not lying anymore

has her own eyes for only mask.

Il a vécu si longtemps que sa mort

sera lente et sa chute sans fracas.

Tel que tu le vois affaissé, dans sa brisure

qui semble durer, peux-tu dire

s’il est vivant ou mort ?

Plantation d’éclairs, foudre amortie par la terre,

garennes envolées, maisons au murs de boue

où le temps vient passer la nuit,

où la nuit vient passer le temps.

It has lived for so long that its death

will be slow and its fall without a roar.

As you see it now, sunken, in its cracking

that seems to be lasting, can you say

if it is alive or dead ?

Plantation of lightning, thunder cushioned by the earth,

flown away warrens, cob houses

where time comes to spend the night,

where night comes to spend the time.

Et voici que je rechausse ces yeux plus grands

pour n’être pas vu nu.

C’est que ce qui s’écrit au passé est déjà

mort.

 

Mais quelle tempête s’amasse, que la foudre

se cache la bouche d’une main déchirante.

 

Feux de papiers pliés,

clairière où brûle ce renard,

Liturge de la feuille et de la flamme,

Cette corneille, cet hiver

dans les branches envolés seront une femme.

 

Mais que cesse donc cette traque insensée !

S’ils fument encore c’est sans voix. Ces martyrs

seront votifs.

And here I am again putting on those wider eyes

so as not to be seen naked.

For what is being written in past is dead

already.

 

What storm is gathering, so that the lightning

hides its mouth with a harrowing hand.

 

Fire of folded papers,

clearing where this fox burns,

liturgist of leaf and flame,

that crow, that winter

flown away among the branches, will be a woman.

 

Make it stop ! This foolish hunt !

They are still smoking but voiceless. Those martyrs

will be votive.

Sur les aigles brisées des sourdes jalousies

Il est minuit comme une lance,

et nous de nourrir les révoltes du sommeil.

Les couloirs font un bruit sanglant et inondé,

tu t’éloigneras pour ne pas être entendue

et je t’appellerai de mots jamais prononcés.

On the broken eagles of gnawing jealousies,

It is midnight like a spear,

and we feed the revolts of slumber.

Corridors make the noise of blood and flood,

You will go away not to be heard

and I will call you with words never uttered.

Célèbre l’éternité des velours féroces !

L’amour se porte au doigt comme une bague de feutre.

Prouve-moi que la nuit a fait lever des feux

et que ces mains griffues ont pétri plus d’une écorce.

Mais je sais, le sourire promis fût laissé

là, au pied de l’autel, un bouquet déposé

de fleurs fausses.

Celebrate an eternity of fierce velvets !

Love is worn on the finger like a felt ring.

Prove me that the night has stirred up fires

and that these clawed hands have kneaded more than a bark.

But I know, the promised smile has been laid

there at the foot of the altar, a bunch

of fake flowers.

Ma sœur en son silence,

Et tout ce chant pour le bruit blanc de la marée

où les sternes se brisent.

 

Ma sœur en voile bleu, ma sœur en voiles blanches,

de bas en haut déchirée, en robe, en étoile

que voit plus loin, la nuit.

 

Ma sœur, profonde et que lèche une lueur,

celle d’un phare en attendant qu’un feu m’attire

et me prenne vivant.

 

Tout ce bruit pour un fruit blanc, l’anis étoilé,

et ces poignées d’oiseaux palpitants et lointains

pour un simple moment de ton profond sommeil.

 

Il nait un peu d’écume au silence d’un chant,

à la lueur d’un fruit, dans le moment d’un feu,

Ma sœur en voile blanc, ma sœur en voile gris.

My sister in her silence

And all this song for the white noise of the tide

where the terns shatter.

 

My sister in a blue veil, my sister in white sails,

from the bottom to the top torn, in dress, in star,

that farther sees, at night.

 

My sister, deep and licked by a glow,

that of a lighthouse waiting for a fire to lure

and take me alive.

 

All this noise for a white fruit, the star anise,

and those fistfuls of birds throbbing and remote

for a simple moment of your deepest sleep.

 

A bit of foam is born in the silence of a song,

in the light of a fruit, in the moment of a fire,

My sister in a white veil, my sister in a grey veil.

Rendra-t-on grâce au merle venu siffler aux heures les plus jeunes,

et survoler d’une aile noire les champs de batailles du jour naissant,

d’une parole de flûte effacer les crimes commis dès avant l’aube,

enchanter ce qui vit, embaumer ce qui meurt ?

Une voix proclame : « Laisse-toi briser, brûler et briller ! »

Une voix répond : « Que je sois terre arasée et petit bois pour la flamme joyeuse ».

Ces dents qui croquent, ces dents déjà brisée sur un fruit pas encore mûr

et dur comme les pierres, ces dents qui trébuchent et qui tombent.

Chante la langue entre les lèvres et dans un palais de feu !

Et sur ta joue se fera silence, entre la larme et l’oreiller.

Will thanks be given to the blackbird who came singing in the youngest hours,

a dark wing flies over the battlefields of the dawning day,

a flute voice washes away the crimes commited before first light,

enchanting the living, embalming the dead ?

A voice proclaims : « Let yourself be broken, burnt and dazzled! »

A voice replies : « I will become level ground and fire wood for the joyful flame ».

The biting teeth, those teeth broken already on an unripe fruit

hard as stone, those teeth that stumble and fall.

Sing ye with tongue between lips and in a palace of fire !

And there will be silence on your cheek, between tears and pillow.

© Louis Hauciarts 2014

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